SNBC 3 : la France accélère sa transition vers la neutralité carbone
Mise à jour tous les 5 ans, la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) guide depuis 2015 la France vers l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Elle définit une trajectoire de décarbonation à l’échelle nationale et sectorielle, servant de véritable feuille de route pour la transition.
La troisième version de la SNBC, publiée en décembre 2025, marque un tournant. Elle ne se contente pas seulement d’actualiser les données techniques mais met en évidence que les progrès réalisés jusqu’ici restent insuffisants. La SNBC 3 fixe ainsi des objectifs de transition renforcés et précise les trajectoires sectorielles pour accélérer la décarbonation.
SNBC 1 à 3 : une ambition décuplée
Le premier budget carbone fixé par la SNBC 1 (2015-2018) a été dépassé de 61 MtCO₂e, soit un écart annuel moyen de +14 % par rapport aux objectifs fixés. Ce dépassement s’explique principalement par la persistance d’émissions élevées dans les secteurs des transports, du bâtiment et de l’agriculture, tandis que les secteurs de la transformation d’énergie et des déchets ont respecté leurs plafonds.
Avec une réduction moyenne annuelle des émissions de seulement -1,1 % (hors UTCATF*) contre un objectif initial de -1,9 %/an, la SNBC 1 a révélé un décalage important entre les ambitions affichées et les actions concrètes conduisant à un ajustement des budgets carbone pour la SNBC 2.
*Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie
Une situation conjoncturelle favorable
Adoptée en 2020, la SNBC 2 rehausse l’ambition climatique en visant une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, soit un rythme moyen de -2% par an entre 2017 et 2022. Le budget carbone pour la période 2019-2023 (hors puits de carbone) a finalement été respecté et a même permis de compenser le non-respect du premier budget grâce à une marge de 91 MtCO₂e.
Néanmoins, cette avancée cache une volatilité marquée des émissions et illustre la difficulté à ancrer durablement la baisse des émissions. En 2019, les émissions s’élevaient à 436 Mt CO₂e. Elles ont ensuite chuté à 396 Mt CO₂e en 2020 pour remonter à 420 Mt CO₂e en 2021. La baisse des émissions en 2020 s’explique principalement par le ralentissement économique lié à la crise du Covid-19. Dès la reprise post-pandémie en 2021, les émissions sont remontées en flèche, effaçant donc une partie des gains de 2020.
Le respect du budget carbone sur la période 2019-2023 s’explique autant par les efforts structurels que par un contexte exceptionnel (la crise sanitaire), dont les effets positifs sur les émissions ont été rapidement annulés par le retour à une activité économique « normale ».
Des objectifs revus à la hausse
Face à ce constat mitigé où les progrès restent fragiles la SNBC 3 marque un tournant décisif en imposant une accélération de la transition bas-carbone française : – 5 % d’émissions GES par an jusqu’en 2030, puis – 7 % par an jusqu’en 2050.
L’objectif est clair : réduire de 84 % les émissions entre 2023 et 2050 pour atteindre la neutralité carbone dont la trajectoire repose sur trois budgets carbone fixant des plafonds d’émissions :
- 347 MtCO₂e/an pour 2024-2028,
- 265 MtCO₂e/an pour 2029-2033,
- 193 MtCO₂e/an pour 2034-2038.
Cette accélération devrait permettre de pallier le retard accumulé depuis 2015 et s’inscrit également dans un cadre européen nettement renforcé par le partage de l’effort. La France doit décliner une trajectoire nationale crédible pour atteindre ses objectifs climatiques de –47,5 % des émissions d’ici 2030 par rapport à 2005 (pour les secteurs hors marché carbone).
Les nouveaux objectifs par secteur d’activité
Transports – premier secteur émetteur en France
Objectifs de la SNBC 3 :
- – 26 % des émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
- Quasi-neutralité carbone en 2050, avec seulement 0,6 MtCO₂e d’émissions résiduelles.
Leviers mobilisés : électrification du parc automobile (poids lourds, véhicules utilitaires légers, autobus), développement des transports collectifs et du report modal (individus et marchandises), ou encore réduire l’intensité carbone des carburants
Agriculture – souveraineté alimentaire et la viabilité économique
Objectifs de la SNBC 3 :
- – 28 % d’émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
- – 54 % d’émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
Leviers mobilisés : accompagner l’évolution des régimes alimentaires, réduire la consommation d’engrais azotés, augmenter le pâturage, etc.
Industrie – réindustrialiser et décarboner
Objectifs de la SNBC 3 :
- – 68 % d’émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
- – 97 % d’émissions d’ici 2050 (par rapport à 1990)
Leviers mobilisés : réindustrialisation verte avec la relocalisation des filières stratégiques et le développement du « made in France » et « made in Europe », augmentation de l’efficacité et sobriété énergétique, évolution des procédés industriels, etc.
Bâtiments – enjeu climatique et social
Objectifs de la SNBC 3 :
- – 60 % d’émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
- – 97 % d’émissions d’ici 2050 (par rapport à 1990)
Leviers mobilisés : éradiquer els passoires énergétiques et rénover le parc de logements, remplacer les chaudières fioul par du gaz, réduire les consommations énergétiques des bâtiments tertiaires, maîtriser la hausse des usages de la climatisation, décarboner les matériaux, etc.
Energie – disponibilité et sobriété
Objectifs de la SNBC 3 :
- – 67 % d’émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
- – 96 % d’émissions d’ici 2050 (par rapport à 1990)
Leviers mobilisés : augmenter la production d’électricité décarbonée, développer les bio-énergies, décarboner la production de chaleur, etc
Déchets – valorisation et recyclage
Objectifs de la SNBC 3 :
- – 28 % d’émissions d’ici 2030 (par rapport à 1990)
- – 55 % d’émissions d’ici 2050 (par rapport à 1990)
Leviers mobilisés : réduire le volume de déchets, encourager la valorisation des matières et la valorisation énergétique des déchets, sécuriser le tri à la source pour les biodéchets, etc.
Le numérique : un enjeu transversal et grandissant
Le numérique représente un enjeu croissant de transition. En 2022, le secteur représentait 4,8% de l’empreinte carbone nationale, soit 29,5 MtCO₂e. Les centres de données (46 %) et les terminaux (50 %) se partagent la quasi-totalité de l’impact global du secteur, les réseaux restant minoritaires (environ 4 %).
Depuis 2020, les émissions du secteur ont augmenté de 18 %, une hausse en partie liée à l’intégration des centres de données étrangers dans les calculs (donnée absente des précédentes évaluations) mais également à l’expansion continue des infrastructures numériques.
Le numérique représente 11 % de la consommation d’électricité intérieure française en 2022, une proportion appelée à augmenter avec le développement de l’IA générative et des usages connectés.
La SNBC 3 intègre des actions transversales de sobriété numérique comme la gestion des cycles des données et des centres de données, la réduction des émissions liées à la production des terminaux incluant l’allongement de leur durée de vie ou encore la transparence environnementale.
Conclusion
La SNBC 3 confirme l’urgence d’une accélération pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les résultats mitigés des précédentes stratégies et les nouveaux objectifs européens imposent des efforts plus importants pour tous les secteurs.
Pour atteindre les objectifs, la France devra mobiliser des investissements massifs, estimés à plus de 80 milliards d’euros bruts supplémentaires par an d’ici 2030, par rapport à 2024. Néanmoins, sans engagement fort dans la transition bas carbone, la France s’expose à une hausse des coûts économiques et sociaux liée à une transition subie plutôt qu’anticipée.